Michel Pébereau, Président de BNP PARIBAS
« Rompre avec la facilité de la dette pour remettre les finances publiques au service de la croissance économique et de la cohésion sociale ».
Michel Pébereau a fait en Mai 2006, à la demande du Ministre des Finances un rapport sur la dette publique en France. Il livre au Club 89 les principales conclusions.
1- Diagnostic : La dette de 1100 Milliards d’€ que l’Etat a accumulée résulte évidemment des déficits récurrents depuis 25 ans. Les intérêts absorbent l’équivalent de l’impôt sur le revenu, et aucun remboursement net n’est fait d’année en année.
Pour autant il y a de moins en moins d’investissements. Les déficits proviennent de la mauvaise gestion de la dépense publique. Trop de fonctionnaires, une absence de culture du rapport résultat/efforts.
C’est aggravé par le fait qu’il existe trop de niveaux d’administration, d’où des coûts de coordination et des doubles emplois. Certains fonctionnaires essaient de bien gérer, mais les structures sont trop pesantes.
De plus une opinion trop favorable à la dépense publique pousse à tout résoudre par l’appel à l’Etat. Une culture égalitariste à but électoral vient amplifier le phénomène.
2- Que va-t-il se passer ?
La France a utilisé ses progrès de productivité à réduire le temps de travail. Or les besoins, notamment ceux des régimes sociaux vont augmenter. Comment les financer ?
Au rythme actuel, en 2020 notre dette équivaudrait à 100% du PIB ! Pour autant que l’on nous prête, ce qui est exclu. Si les taux d’intérêt augmentaient, cela deviendrait pire.
Il nous faudra modérer notre politique sociale, ou augmenter les prélèvements à des niveaux incompatibles avec la compétitivité.
L’Etat doit retrouver l’équilibre en cinq ans, en stabilisant les dépenses en € courants.
Cela représenterait un effort inférieur à ce qu’ont su faire la Suède et la Finlande.
Les collectivités territoriales : redéfinir leurs rapports avec l’Etat qui finance 40% de leurs budgets. Ces dotations pourraient être stabilisées en € courants.
Il est aussi indispensable de revenir à l’équilibre de l’assurance maladie et des retraites.
3- Les actions à mettre en oeuvre.
Chaque Euro public doit être dépensé avec la même efficacité qu’un Euro privé. Tous les pays du monde l’ont fait ! Le Parlement que le Gouvernement doivent considérer la question comme prioritaire. En France, la LOLF fournit un cadre qui permettrait d’agir efficacement.
Le retour à l’équilibre dégagerait des marges de manœuvre pour des dépenses préparant l’avenir : recherche et enseignement supérieur par exemple.
Les marges de manœuvre sont énormes. Par exemple, les douanes emploient autant de personnes qu’avant l’ouverture des frontières....
a/Il faut réfléchir aux actions de l’Etat en termes de mission, et non ministère par ministère.
Les départs à la retraite actuels sont une bonne occasion, surtout si on couple cela avec le redéploiement des effectifs.
b/Il faut aussi réévaluer les règlementations en fonction de leur rapport coût/utilité.
c/Il faut concentrer les moyens publics au lieu de les disperser.
Ces conclusions ne sont pas politiques. D’ailleurs elles ont fait l’unanimité dans la Commission.
LE DEBAT AVEC LE CONFERENCIER a permis de constater que certaines actions commencent à porter leurs fruits dans le sens de la modération des dépenses. C’est vital car nous ne pouvons compter ni sur les facilités de l’inflation, ni sur des crédits indéfinis. Les citoyens doivent saisir l’occasion des prochaines campagnes électorales pour exiger des candidats des engagements précis d’actions de rigueur budgétaire. Nous jeunes diplômés risqueraient de préférer partir à l’étranger plutôt que de travailler à rembourser les dettes des générations précédentes !
L’effort que la France doit faire a été engagé et pratiquement réussi dans tous les autres pays. Dans un mode de concurrence, nous devons nous en souvenir.
Pierre DUSSOL -Membre du Comité Directeur
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