Le point de départ du livre, expliquent les deux auteurs, a été la nécessité de clarifier la notion de « diaspora », terme aujourd’hui utilisé de façon parfois abusive pour désigner des minorités (par exemple, aux Etats-Unis, les études sur la « diaspora »homosexuelle). D’autre part, comme le « fait diasporique » est une question permanente posée à la Nation, il ne peut être étudié que dans ses rapports avec elle, c’est donc ce lien, diaspora - nation, qui structure le livre.
Il existe aujourd’hui une véritable « mode des diasporas ». Tous les peuples dispersés s’en réclament plus ou moins, au sein des nations d’accueil dont parfois ils contestent les valeurs au nom d’un relativisme culturel censé symboliser le dépassement des frontières alors que, structuré en revendication politique, il risque au contraire de mener au communautarisme, c’est-à-dire à la création de nouvelles frontières à l’intérieur de l’espace national.
Dans le même temps, on constate la permanence et la force du fait national, les membres des diasporas se mettant à ressembler aux habitants des pays où ils vivent plus qu’ils ne se ressemblent entre eux. C’est en tout cas ce que l’on observe s’agissant des diasporas « classiques » (juive, arménienne et dans une certaine mesure chinoise) peut-être moins s’agissant des migrations post-coloniales d’autant que le pays d’accueil, aujourd’hui, se pose énormément de questions et croit moins en lui-même et en ses valeurs.
Dans les sociétés démocratiques, un équilibre semble néanmoins possible entre la participation à la Nation et une certaine fidélité aux origines mais, ainsi que l’observe Jacques Toubon qui ouvre le débat, ce « bon usage des diasporas »n’est pas évident : la présence de diasporas peut-être un facteur de mobilité et donc constituer un élément positif ou au contraire marquer de façon négative le pays d’accueil par les représentations de sociétés archaïques qu’elle y introduit.
Le débat qui suit se développe autour de ce même thème et, à travers la diversité des questions posées, manifeste toujours l’inquiétude des participants, et parfois leur révolte, devant l’effacement des Nations démocratiques face à des « diasporas » qui, de plus en plus ouvertement, en contestent les valeurs, même si cette contestation est encore, aujourd’hui, minoritaire.
Ghislaine KALMAN
Membre du Club 89
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