« La crise de la chirurgie : situation et solutions »
Invité par Jacques TOUBON et Jacques MONTAGUT, Président de la Commission Santé du Club 89, au premier Jeudi du Club de la rentrée, Philippe CUQ, chirurgien à Toulouse, a pris la tête du mouvement qui défend la corporation des chirurgiens libéraux de France.
Président de l’Union des Chirurgiens de France, il multiplie depuis 3 ans les « coups médiatiques » pour défendre l’avenir de sa profession : exil avec une centaine de confrères pour quelques jours en Grande Bretagne en 2004, campagne d’affichage « Par qui serez-vous opéré demain ? », lancement d’une grève dans les cliniques privées en plein mois de juillet caniculaire.
Son objectif est de faire reconnaître par les pouvoirs publics la spécificité de la chirurgie et d’alerter sur l’avenir noir qui se profile pour cette profession dont la « pénibilité » et la « responsabilité » n’ont pas d’égales dans le monde médical.
Les raisons de cette crise
1. Des tarifs bloqués : Depuis 15 ans, aucune revalorisation des tarifs de remboursement par la par la Sécurité Sociale alors que les exigences de qualité et de sécurité ont explosé. Selon Philippe CUQ, la valeur économique des chirurgiens est déconnectée de la réalité quotidienne.
2. Les primes d’assurances en responsabilité professionnelle ont explosé (10 à 15 000 euros pour les chirurgiens libéraux, 15 à 25 000 euros pour les obstétriciens). Selon notre invité, cette situation constitue une menace extérieure pour l’exercice libéral de la profession. Il risque de ne plus avoir d’émulation entre secteur public et privé, ce qui à terme ne sera pas sain.
3. L’appétence des jeunes étudiants en médecine pour la chirurgie s’est mise à s’effondrer.
Pourquoi ? Cursus long (6 ans de médecine, 4-5 ans de concours d’internat, 2-3 ans de poste de chef de clinique assistant) d’environ 12 ans, profession à grand stress physique et psychologique, conditions d’exercice difficile (« la chirurgie des 35 heures n’est pas concevable... », crainte face à la judiciarisation du métier).
La féminisation de la médecine pose les problèmes du temps partiel, des arrêts d’activité plus précoce.
En chirurgie digestive, la moyenne d’âge est aujourd’hui de 54 ans. La relève n’étant pas assurée, il n’y aura plus de chirurgien digestif d’ici 5 ans.
Les solutions
1. Respect des accords passés avec le gouvernement en 2004 sur la revalorisation tarifaire qui rendrait sécurité et sérénité aux chirurgiens.
2. Attitude raisonnable face aux diplômes étrangers : il y a de plus en plus de diplômes étrangers (intra et hors Union Européenne) qui ne sont pas équivalents aux nôtres : en Roumanie, en Lituanie ou en Bulgarie par exemple, il suffit de faire 5 ans de médecine et une année de spécialisation pour être chirurgien contre 12 minimum en France.
3. La pénurie démographique des chirurgiens s’accentuant en France, le recrutement de chirurgiens étrangers risque d’augmenter ce qui peut à terme poser un problème de santé publique. Par ailleurs, cette chute des vocations rend indispensable des décisions politiques afin de réattirer les jeunes vers la profession : reconnaissance de la valeur économique, prise en charge par l’Assurance Maladie d’une partie des primes d’assurance, revalorisation des équipes opératoires (anesthésistes, aides soignants...)
En conclusion, Jacques TOUBON indique qu’à l’approche des présidentielles, ces questions sont essentielles pour les Français et qu’il est nécessaire de trouver rapidement une conciliation entre exercice libéral et équilibre financier.
Marina ATTALI
Secrétaire National
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