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PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE FRANCAISE ET STRATEGIE DE REFORME (2006-2012) par Maxime MAURY, Vice Président du Club89
pour un pacte national de croissance et de compétitivité-

L’hypothèse la plus vraisemblable en ce début d’année est bien celle d’une légère accélération de la croissance. Dans le contexte de plus forte expansion qu’ait connu le monde depuis 30 ans, la zone euro devrait voir progresser ses exportations et ses investissements ; la France devrait en tirer parti. Le redressement indiqué par les dernières enquêtes semble prometteur d’une activité plus soutenue dans l’industrie. Et pourtant on ne saurait s’en satisfaire car l’économie française reste profondément fragile, pour trois raisons fondamentales : - depuis 2002 -date de la mise en œuvre des 35 heures dans les PME- le commerce extérieur « détruit » de la croissance plus qu’il n’en crée car, contrairement à l’Allemagne, nous ne cessons de perdre des parts de marché ; - notre croissance, dont tous les experts affirment qu’elle resterait bridée autour de 2% en l’absence des réformes nécessaires pour libérer son potentiel, repose trop exclusivement sur la demande intérieure ; - or cette demande intérieure est artificiellement gonflée par l’endettement croissant des ménages ainsi que par la baisse continue de leur taux d’épargne ; c’est la conséquence d’un sentiment diffus de richesse lié au boom de l’immobilier ; celui-ci entraîne à son tour de nombreuses dépenses d’équipement. Mais ces artifices sont-ils durables ? L’accident pourrait se produire, et même dès 2007, si les prix de l’immobilier fléchissaient ou si le dollar, miné par un déficit de la balance des paiements américaine sans précédent dans l’histoire, s’effritait. Or beaucoup d’économistes estiment que ces deux risques sont de plus en plus probables, sans parler du risque d’un nouveau renchérissement du prix du pétrole. Il faut donc se mettre en situation de créer durablement des millions d’emplois en se fixant l’objectif de ramener le chômage à des niveaux comparables à ceux des autres pays par une élévation continue de notre potentiel de croissance pour le mettre au diapason de l’économie mondiale. Il n’y a aucune fatalité au déclin ! Qui se souvient que l’Angleterre était en faillite il y a trente ans ? Qui aurait cru que la petite Irlande, pays le plus pauvre d’Europe il y a deux décennies, serait aujourd’hui le plus riche ? Qui aurait imaginé que l’Espagne deviendrait une grande puissance ? Qui aurait parié que le Danemark, la Suède ou le Canada vaincraient le chômage et assainiraient aussi rapidement des finances publiques autrefois ruinées ? Tous ces pays ont réussi, alors pourquoi pas la France, qui avait enregistré au début de la V° République la croissance la plus forte du monde. Il faut pour accomplir notre redressement se pénétrer de l’idée que dans les situations les plus difficiles la vérité et sa sœur, le courage, sont les formes supérieures de l’habileté politique. Les Français n’attendent d’ailleurs que cela puisque la démocratie « punitive » qu’ils pratiquent hélas depuis vingt ans (« sortez les sortants ») - et dont ils sont probablement las- n’est que la triste contrepartie du malaise qu’entraînent le demi-mensonge et la demi-impuissance. Tous les experts, tous ceux qui, comme le disait le général de Gaulle, « servent la France en écrivant bien », nous ont tracé la voie. Le rapport de la Commission CAMDESSUS, remis il y a un an, affirmait que la France pouvait se redresser en cinq ans et revenir en tête en moins de dix ans. Il énumérait rigoureusement les actions à entreprendre. Pour réussir, il convient d’ajouter à cette valeur de civilisation qu’est la vérité un principe de manœuvre militaire - mais c’est également un principe de communication, et tout particulièrement de communication politique- : le principe de concentration. Concentrer la pédagogie de l’Etat, et toute son action, sur quelques axes stratégiques générateurs d’engagements solennels pris dans la longue durée. En communication, le principe de concentration devient principe de répétition. Et la répétition de l’action et du discours autour de quelques axes structurants et rigoureusement démontrés génère à son tour la crédibilité qui engendre la confiance. La confiance élargit les marges de manœuvre et enclenche, particulièrement en économie, un cercle vertueux. D’où notre idée d’un « Pacte national de croissance et de compétitivité » qui comporterait, pour une longue période (2006-2012), quelques engagements solennels- ratifiés par le Parlement- et autour desquels se déclinerait toute l’action publique. Ce Pacte, conclu dès 2006, serait au cœur du projet présidentiel de 2007. Les travaux d’experts convergent vers trois axes autour desquels devrait se concentrer l’essentiel des mesures nécessaires au redressement de notre économie et de notre progrès social : 1) Un contrat de travail comportant un cadre commun pour tous les Français et qui allierait flexibilité et sécurité : Le mauvais fonctionnement du marché du travail et la faible incitation au travail forment, depuis vingt-cinq ans au moins, les racines d’un mal français qui se traduit maintenant par une croissance par tête plus faible que dans les autres pays européens. Les entreprises ont besoin de plus de flexibilité pour désinhiber leur peur d’embaucher et les salariés veulent des parcours professionnels plus sécurisés. Les deux exigences sont complémentaires pour réaliser une croissance forte et durable. Il s’agit donc bien d’inventer une « flexsécurité » à la française qui soit authentiquement républicaine, c’est-à-dire égale pour tous. Ce contrat de travail, qui comporterait des référents communs pour tous les secteurs, permettrait une acquisition progressive de droits. Le caractère progressif cesserait de décourager l’embauche, mais le renforcement complémentaire de ces droits en matière de formation et d’accompagnement des reconversions professionnelles encouragerait les salariés. Ce contrat établirait un véritable carnet à points pour le salarié qui capitaliserait des droits pour tous les emplois qu’il aurait préalablement exercés ; en contrepartie l’entreprise bénéficierait toujours d’une période d’observation pendant laquelle elle disposerait d’une facilité de licenciement. Cette « flexsécurité » irait donc bien dans le sens recherché actuellement par le gouvernement, mais sans créer d’effets « d’aubaine » ni d’effets de seuil, sans parler des risques politiques qu’implique inévitablement la stigmatisation de telle ou telle catégorie de la population ou d’entreprises. Cette proposition, qui figurait déjà dans le rapport présenté par Michel CAMDESSUS, dégèlerait l’embauche sur tous les segments du marché du travail et constituerait la refondation de notre progrès social. 2) Concentrer la politique de soutien économique sur la revitalisation de notre tissu de PME en recherchant l’innovation, l’exportation et le développement des pôles de compétitivité : Officieux depuis longtemps, le diagnostic est maintenant officiel : ce ne sont pas tellement les grandes entreprises qui feront la croissance de demain sur notre territoire, mais les PME, tout particulièrement les plus innovantes et les plus exportatrices. Or nous avons le problème suivant : - le taux de création d’entreprises est équivalent en France à ce qu’il est à l’étranger, mais la mortalité dans les cinq premières années reste plus forte ; - surtout la grande préoccupation, rappelée récemment par Patrick ARTUS, c’est qu’au bout de dix ans la croissance des nouvelles entreprises s’avère beaucoup plus faible qu’à l’étranger. Ce diagnostic est à la racine des contre-performances de notre commerce extérieur, comme vient de le rappeler récemment le Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier ministre. Notre problème n’est pas tant celui de la spécialisation de notre économie qu’un problème de compétitivité et, il faudrait ajouter de manque de vitalité de notre tissu de P.M.E par manque de travail et d’innovation. De nombreuses mesures doivent être imaginées pour pallier cette carence et enclencher une conception du développement économique radicalement nouvelle, plus concentrée sur le micro et le méso-économique. Parmi les mesures les plus évidentes : - Un « Small business Act » à la française proposé, sur le modèle américain, par Patrick ARTUS. - Une défiscalisation complète des heures supplémentaires, remarquable proposition de l’économiste Michel GODET : c’est en effet le travail qui crée l’emploi et le manque de travail qui entraîne le chômage. Or on sous-estime généralement de multiples enquêtes de terrain qui prouvent que le développement des entreprises est bloqué par les pénuries de main d’œuvre qualifiée, suprême paradoxe d’une économie où règne le chômage de masse. La défiscalisation des heures supplémentaires serait donc un crédit de développement fait par l’Etat sur le lancement et le développement de nouveaux projets qui ne peuvent voir le jour dans le contexte actuel ; le bâtiment, la restauration, mais également l’industrie fourmillent d’exemples de ce type. - Veiller à ce que les P.M.E. prennent toute leur place dans la mise en œuvre des 67 pôles de compétitivité, bénéficient pleinement de la synergie avec les laboratoires de recherche et se voient proposés des contrats plus favorables en termes de délais de paiement et de conditions de sous-traitance. - Favoriser, dans le droit fil de la participation, l’association du travail et du capital dans les P.M.E pour consolider leur structure financière et relier l’enrichissement des salariés au développement des entreprises. Rappelons que le rapport remis par MM. CORNUT-GENTILLE et GODFRAIN, députés, dont on n’a pas assez parlé, soulignait que 93% des PME ne pratiquaient aucune forme d’association du travail et du capital. Or l’intéressement et la participation sont autant pertinents économiquement que justes socialement. - Développer le capital-risque. 3) Solenniser par un acte parlementaire de longue portée le gel de la dépense publique : Le gouvernement a pris l’engagement de geler la dépense publique en euros courants ; si cette décision était obstinément exécutée dans la longue durée, elle serait de nature à redresser profondément la situation de nos finances publiques. Cet engagement est tout à fait crédible compte tenu de l’outil novateur que constitue la L.O.L.F., ainsi que de l’opportunité permise par les nombreux départs à la retraite dans les dix ans. Le problème c’est que les Français n’ont pas pris suffisamment conscience de cet engagement. Or cette prise de conscience est capitale pour fluidifier les comportements d’épargne et favoriser des anticipations favorables à la consommation et à l’investissement. La complexe équation d’accélération de la croissance se présente ainsi : Prise de conscience /changement durable de politique > crédibilité > confiance > baisse du taux d’épargne > consommation > investissement > croissance> facilitation des réformes> croissance> emploi. Cette prise de conscience est d’autant plus lente que nos finances publiques ont été gérées de façon calamiteuse depuis vingt-cinq ans et que, tel comme pour le changement de cap d’un gros paquebot, l’impact psychologique sur l’opinion est décalé. Il faut donc tout faire pour l’accélérer. D’où notre idée d’un Pacte parlementaire solennel pour une longue période. Frapper l’opinion et créer les conditions d’un changement profond de la donne économique supposerait de s’engager à ce que les bénéfices d’une dépense rigoureusement stabilisée soient réparties en trois composantes : - baisse du déficit ; - allègement de l’endettement ; - à terme, de nouvelles diminutions d’impôt bien ciblées sur l’encouragement de l’activité, car nous sommes dans un processus de concurrence mondialisée qui continuera de s’accélérer. En conclusion, notre proposition consiste à sceller avec les Français dans un Pacte de croissance et de compétitivité un profond changement du cap politique hasardeux suivi depuis vingt-cinq ans. Ce Pacte serait conçu pour donner plus de lisibilité à l’ensemble de la politique économique et sociale. Alors le jeu de la confiance et des anticipations autoréalisatrices jouera à fond en faveur de la croissance et de l’emploi et facilitera l’action réformatrice du gouvernement.

Mars 2006

Maxime MAURY Docteur ès sciences économiques Vice-Président du Club 89

« Vieille France, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau » (Charles de Gaulle, Mémoires)


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