Député du Rhône, Président de la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales, Chef du Service d’Urologie et de chirurgie de la transplantation à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon et Membre du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance Maladie, Jean-Michel DUBERNARD a présenté, avec franchise et lucidité, sa vision personnelle de notre système de santé.
I. Le regard des Français sur leur Sécurité Sociale
Avant de proposer ses propres suggestions, Jean-Michel DUBERNARD a présenté les conclusions d’un sondage récent (été 2003) consacré au sujet.
Les français ont une vision idéale de la Sécurité Sociale. C’est « leur bonne fée », ils ont pour elle un attachement oedipien.
La Sécurité Sociale est synonyme pour eux de solidarité et liberté (notions quelque peu antagonistes..). Ils n’ont pas idée du montant du déficit mais pensent qu’il faut impérativement le combler même s’ils doivent payer plus.
Selon eux, les abus expliquent le déficit. Mais il s’agit toujours des abus des autres et jamais des siens (abus des Caisses Primaires d’Assurance Maladie et de certains patients, gaspillage de l’hôpital, excès de certains praticiens - prescriptions exagérées de médicaments, d’arrêts de travail...).
II. Une situation financière dramatique et la disparition d’une certaine vision humaniste de la Santé
La situation financière de notre système de santé est aujourd’hui tragique : 10,6 milliards d’euros de déficit en 2003, 14,4 milliards prévus pour 2004. On est sur une pente de 100 milliards d’euros en 5 ans. L’Europe nous montre du doigt d’autant plus que notre système de soins, autrefois considéré comme le meilleur du monde, voit sa qualité se dégrader.
Le principe de la Sécurité Sociale, à son origine, était d’assurer un accès égal à la Santé mais à des soins de qualité égale. Or, aujourd’hui, force est de constater qu’il vaut mieux avoir un accident de voiture près d’un grand CHU plutôt qu’en rase campagne...
Face à cette situation, Jean-Michel DUBERNARD, à titre personnel, propose des petites adaptations, des ajustements qui permettront de faire des économies plutôt que d’envisager une grande réforme ambitieuse qui serait malheureusement inapplicable.
III. Quelques propositions
Des adaptations nécessaires au niveau de l’Assurance Maladie elle-même
Il est anormal qu’encore 8% de la population n’ait pas encore d’assurance complémentaire. Cette proposition (aide personnalisée à la santé) est certes source de dépenses mais humainement indispensable.
Augmenter le rôle des assurances privées (adaptation au niveau du risque)
Certaines assurances privées devraient prendre la relève de l’assurance maladie (assurances automobiles, licences sportives ou assurances spécifiques...).
Exemples : Il y a 1,3 millions d’accident de ski par an dont le coût moyen s’élève à 300 euros. Une moitié devrait être prise en charge par le forfait, l’autre par l’assurance maladie. Le coût médical des accidents de la route s’élève à 2,5 milliards d’euros. La moitié pourrait être récupérée si on la sortait de l’assurance obligatoire.
Responsabiliser les patients
Une modulation du 100% est nécessaire (31 affections de longue durée sont prises en charge à 100 %).
Est-il normal qu’un cancer de la prostate guéri soit autant pris en charge qu’un cancer en phase terminale ? Il faut relancer la solidarité pour aider ceux qui en ont le plus besoin.
Responsabiliser les médecins
Une consultation pour une prise de tension ou un renouvellement de prescription ne devrait pas être au tarif d’une première consultation approfondie.
Les interventions de chirurgie plastique ne devraient pas être autant remboursées : des oreilles décollées chez une adolescente peuvent à juste titre provoquer des troubles psychologiques mais le remboursement de certaines interventions esthétiques n’est pas toujours justifié.
Changer la gouvernance dans l’hôpital
Les hôpitaux représentent la moitié des dépenses de l’assurance maladie, il semble possible de faire 10% d’économies.
Il faut réorganiser les hôpitaux. Le Plan Hôpital 2007 (10,6 milliards d’euros) est destiné à lutter contre l’insalubrité des hôpitaux. Ces améliorations doivent se faire parallèlement à une réorganisation en profondeur.
A titre d’exemple, l’Hôpital Edouard Herriot de Lyon compte 52 salles d’opérations qui ne fonctionnent que 2 heures et demi par jour. La réduction de 52 à 20 salles économiserait 162 postes d’infirmières.
En réponse à une question de Florence GERBAL-MIEZE sur le fait que les français n’ont plus conscience du prix des soins avec la Carte Vitale, Jean-Michel DUBERNARD indique qu’il faudrait mettre en place une carte vitale on line (2ème génération) qui contiendrait toutes les données médicales du patient afin de limiter par exemple les excès d’examens (scanners, échographies...).
A une dernière question sur les génériques, Jean-Michel DUBERNARD précise que de réels progrès ont été faits : les médecins en prescrivent plus mais les laboratoires devraient indiquer sur les médicaments le nom de la molécule pour rassurer les patients qui comparent avec leur médicament habituel non générique.
Jacques TOUBON conclut la soirée en indiquant qu’il faut impérativement préserver la dimension humaine de l’hôpital notamment dans les services d’urgence.
Marina ATTALI
Secrétaire National
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