Cette note souligne néanmoins la conjonction de risques qui menacent la croissance à l’horizon 2007. Elle suggère, dans la droite ligne de la « croissance sociale » et du rapport CAMDESSUS, des orientations complémentaires pour les conjurer.
1) Une conjonction de risques d’une ampleur exceptionnelle :
Au nouveau choc pétrolier dont l’onde de choc n’est pas encore stabilisée(1) s’ajoutent trois autres freins qui vont bientôt brider la demande intérieure française : la perspective d’un tassement- ou pire- du prix de l’immobilier dans le monde(2) va épuiser l’effet de richesse engrangé depuis plusieurs années ; alors qu’en raison même de cet effet de richesse le taux d’épargne a pu continuellement baissé pour soutenir la consommation en France, l’endettement des ménages a maintenant retrouvé des hauts historiques(3). Ces trois moteurs qui avaient donc puissamment soutenu la demande intérieure vont progressivement ralentir. Or seule la demande intérieure nourrissait jusqu’à présent dans notre pays une croissance largement alimentée par le boom immobilier.
Ces facteurs expliquent pourquoi, en dépit de la baisse récente du chômage, un sondage C.S.A. indique que 40% des Français s’attendent à la baisse de leur consommation contre 3% seulement l’inverse.
Dans notre environnement extérieur, l’abyssal déficit de la balance des paiements courants des Etats-Unis (666 milliards de dollars en 2005 !) fragilise d’autant plus le dollar que les effets financiers du cyclone KATRINA demeurent largement incertains. A la panne du projet européen s’ajoute maintenant un risque américain. Le monde vit sur la poudrière d’un endettement sans précédent qui pourrait exploser si le dollar se dépréciait et les taux d’intérêt de long terme se tendaient.
(1) L’OCDE évoque un choc « de grande taille » ; (2) en France, le prix de l’immobilier a cru de 87% depuis 1997 ; (3) le ratio dette/revenu a augmenté de 10 points en 10 ans dans l’hexagone.
Il faut donc amplifier le soutien de la croissance en faisant preuve d’une audace sans relâche pour lancer de nouvelles offensives contre le pessimisme. Aux propositions faites par l’U.M.P., on peut ajouter quelques suggestions complémentaires.
2) Faire renaître la confiance en redonnant une vision à long terme : 5 pistes complémentaires pour la croissance et l’emploi :
C’est malheureusement la lucidité qui conduit les Français au pessimisme. Outre la volonté d’agir, l’antidote au pessimisme est la reconstruction d’une vision à long terme et la répétition des messages convergents qui la conforte. Beaucoup en économie dépend des anticipations.
Ø Accréditer l’idée d’une baisse continue des impôts (et des charges) suppose un message lisible sur la maîtrise de la dépense publique à moyen terme :
Il reste à convaincre les Français qu’une baisse durable des impôts et des charges sera réellement possible, y compris au-delà de 2007.
Or les économistes ont démontré que les comportements « ricardiens » (de l’économiste Ricardo) conduisaient les ménages à épargner davantage- et partant à moins consommer- dès lors qu’ils redoutaient que les finances publiques restassent durablement détériorées.
En dépit du formidable outil que constitue la mise en œuvre de la L.O.L.F., les Français n’ont pas vraiment assimilé de message lisible sur l’évolution de la dépense publique à moyen terme. Il conviendrait donc de réfléchir à la manière de « solenniser » la volonté durable de maîtrise de la dépense publique de manière à convaincre qu’un retournement fondamental est en train de s’opérer par rapport à une évolution hélas trentenaire (rappelons qu’à la disparition du président POMPIDOU les prélèvements ne représentaient que 36% du PIB). Une piste pourrait être un engagement du Parlement de geler pendant cinq ans la dépense publique courante hors inflation sous la forme d’un Pacte national de croissance. Dans cette affaire, la communication est aussi importante que la volonté de faire car il s’agit de renverser un courant d’anticipations pessimistes bien ancrées.
Ø Relancer massivement la participation :
Il faut soutenir le pouvoir d’achat en raison même des risques de fléchissement de la demande intérieure précédemment évoqués. Or on ne peut pas le faire par les salaires car cela mettrait en péril une compétitivité déjà chancelante. A noter qu’à productivité compensée l’écart de nos coûts unitaires de production dans l’industrie est de 1 à 3 avec la Pologne et de 1 à 5 avec la Roumanie ! Seules des obligations beaucoup plus fortes en matière de participation permettraient de soutenir le pouvoir d’achat tout en tenant compte de la situation propre de chaque entreprise. En outre, sur le plan politique ce projet prendrait à contre-pied l’absurde proposition socialiste d’un « Grenelle des salaires » (cf. D.S-K.) qui sera hélas au cœur des prochaines campagnes électorales.
Plusieurs arguments convergents montrent que la relance de la participation constituerait une haute opportunité économique et politique :
parce que la situation financière des entreprises est fortement différenciée : aux énormes profits, souvent non réinvestis (effet récessif), des grandes entreprises du CAC 40, il faut opposer la grande masse des P.M.E. industrielles dont la rentabilité s’est détériorée depuis 2000 ;
parce que l’un des principaux obstacles psychologiques aux réformes est le développement d’inégalités sans précédent sous la République ; or la participation lancerait le signal d’une société plus rassemblée ;
parce que la relance de la participation pourrait passer par un renforcement massif de l’actionnariat salarié et contribuerait à faire renaître un véritable patriotisme économique parfaitement compatible avec le marché.
Voici quel pourrait en être le schéma innovant :
participation accrue par un mécanisme différencié selon la profitabilité des entreprises > développement de l’actionnariat salarié > gel des actions à long terme > consolidation revenus des retraites > confiance > baisse de l’épargne > consommation > croissance > emploi.
Ø Renégocier la dette publique :
A 3 % les taux d’intérêt à dix ans atteignent des performances séculaires. Un niveau aussi bas fournit l’opportunité de lancer un grand emprunt national à taux zéro en franchise de droit sur les successions. Cet emprunt scellerait le Pacte national de croissance, précédemment évoqué, par lequel l’Etat s’engagerait sur une stabilisation au long cours de ses dépenses courantes. Il en constituerait la contrepartie qui permettrait d’amorcer la décrue des charges financières publiques ; il prendrait le nom : « emprunt national de stabilisation, taux zéro ». Par la mobilisation de leur épargne, les Français construiraient eux-mêmes ce gage de confiance dans l’avenir et apporteraient leur soutien au redressement économique français.
Une autre piste consisterait à généraliser les opérations de refinancement à long terme de notre dette publique pour profiter des conditions exceptionnellement favorables d’emprunt à très long terme.
Ø Approfondir les pôles de compétitivité :
Les pôles de compétitivité ont reçu un accueil extrêmement favorable sur le terrain. S’inspirant des meilleurs modèles de réussite industrielle existant à l’étranger, leur nombre est suffisant pour donner aux départements et aux régions des axes de mobilisation largement partagés. Il conviendrait néanmoins, en utilisant des méthodes d’évaluation scientifiques et apolitiques, de réfléchir aux moyens de concentrer progressivement plus d’effort sur les plus prometteurs d’entre eux dans la perspective d’une revitalisation des exportations françaises et d’une revalorisation de l’image économique de la France.
Ø Adosser les réformes à une refondation du projet européen :
Une note rédigée en juin 2005 présente des propositions à ce sujet.
La France n’est pas condamnée au déclin, mais le temps lui est compté. Il s’agit de reconstruire une vision forte et de long terme et de la crédibiliser par des engagements précis et rigoureusement échéancés.
C’est possible : « Vieille France, accablée d’Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau. » (Charles de Gaulle, Mémoires).
Maxime MAURY
Docteur ès sciences économiques,
Vice Président du Club 89
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