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La taxe carbone
QUATRE HEMORRAGIES FRANCAISES
Sauver la République
Repères : Bilan 4 ans
PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE FRANCAISE ET STRATEGIE DE REFORME (2006-2012) par Maxime MAURY, Vice Président du Club89
Hauts risques sur la croissance : Comment amplifier le plan du gouvernement ?
Une Constitution pour une Europe de la santé
La période se prête-t-elle à réflexion ?
Pour une refondation du projet européen
Plutôt que de chercher des boucs émissaires ou de pleurer en vain sur le lait versé, mieux vaut comprendre dynamiquement le vote du 29 Mai. Il faut avoir l’audace de faire la synthèse du OUI et du NON pour ce qu’ils portent de meilleur. Cela suppose d’analyser les raisons profondes de l’échec. C’est à partir de cette synthèse innovante qu’il sera possible de relancer le projet européen en lui redonnant tout son sens originel. Le OUI à l’Europe a été battu par des faits et par la confusion des idées.

LE DIAGNOSTIC :

-  Les faits : dans le Pas-de-Calais, où le NON a atteint son record de France (69,5%), la rentabilité de base de l’industrie a considérablement chuté depuis 2000, entraînant dans son sillage l’effondrement de l’investissement et la baisse sans rémission de l’emploi. Or le rapport présenté à la fin de 2004 par Michel CAMDESSUS démontrait sans ambages que notre économie ne disposait plus de l’élan productif suffisant pour faire face à ses engagements financiers de long terme. Nous ne pourrons donc plus éviter les profondes réformes nécessaires pour accélérer la croissance, sauf à subir de graves désordres.

-  Les idées : une idée venue de droite a formé une synthèse radicale avec une idée venue de gauche ; elles ont fait ensemble une formidable boule de neige qui a tout emporté sur son passage. De droite : l’idée que l’Europe n’a plus de frontières, plus de limites, plus d’identité. De gauche : que son projet originel, pacifiste et progressiste, risque de se transformer en dumping fiscal et social généralisé. Le Non des Pays-Bas ne s’explique pas différemment.

-  La confusion : Nous sommes tous victimes, depuis trente ans environ, d’une sorte de schizophrénie française héritée probablement du libertarisme de Mai 68 : nous avons en effet mis en œuvre les politiques les plus « sociales » au monde alors que nous soutenions par ailleurs un libre-échange sans bornes ! C’est difficilement compatible et cette confusion engendre un mensonge tacite, d’autant plus ressenti par l’électeur qu’il est refoulé. L’Amiral Philippe de GAULLE le soulignait dans Le Point du 26 Mai : « Un organisme vivant ne peut fonctionner sans filtres, clapets et régulateurs. On ne peut pas, du jour au lendemain, mettre en libre circulation des gens et des marchandises venant de pays dont le niveau de vie et le niveau culturel sont complètements différents ».

Or ce point de vue est exactement celui de Maurice ALLAIS, prix Nobel d’économie, libéral s’il en est mais pas libre-échangiste intégral. En traitant un peu vite de « xénophobes » ou de « frileux » ceux qui dénoncent une concurrence déloyale, leur laisse-t-on une autre solution que le vote protestataire ?

ADOSSER LES REFORMES A UNE GRANDE INITIATIVE DES PAYS DU CŒUR DE L’EUROPE :

-  Maintenant que le Non français est en quelque sorte déculpabilisé par le Non hollandais, la France et l’Allemagne pourraient relancer, avec les autres pays de la zone euro, le projet européen en avançant le concept des « trois cercles concentriques ». Il s’agit de faire émerger une Europe plus souple, plus homogène, plus performante et plus conforme aux aspirations des peuples. Cette initiative intègrerait certains arguments des « Non européens » à ceux des « Oui parlementaires ». Au cœur de ces trois cercles, une Fédération européenne non centralisée, véritable modèle entraînant l’Union européenne du Traité de Nice. A la périphérie, des partenaires privilégiés comme la Turquie.

-  C’est justement parce qu’ils sont tous deux dans une posture délicate qui leur impose l’audace que le Président de la République française et le Chancelier allemand pourraient lancer l’idée d’une véritable Fédération européenne au cœur de l’Union européenne du Traité de Nice. Centrée sur les pays de la zone euro, la Fédération européenne serait fondée sur un nouveau Traité plus simple et plus clair, sur le modèle des grandes Constitutions. Il porterait haut les valeurs européennes, notamment celles de protection sociale, et se réfèrerait au principe de « l’Unité dans la diversité ». La Fédération limiterait ses compétences aux grands enjeux : le gouvernement économique, le taux de change, la convergence fiscale et sociale, la recherche du plein emploi ; éventuellement l’immigration, la défense et à la préservation de l’environnement. La Fédération ferait plus que l’Union tout en l’entraînant.

-  Replaçant le Pacte social au cœur d’un modèle de croissance durable et libérale, à l’instar de ce qu’ont réussi le Danemark, la Suède et l’Angleterre, la Fédération européenne se fixerait des objectifs de convergence fiscale et sociale à cinq ans, comme cela s’est fait dans le domaine financier pour l’euro. Elle instaurerait un gouvernement économique de la zone euro. Ce gouvernement, fort de l’optimisme qui présiderait à sa formation, mobiliserait l’abondante épargne de la zone par un grand emprunt pour financer un programme d’investissement de rentabilité au long cours.

-  La Fédération refonderait le principe de la préférence communautaire qui était à l’origine du projet européen. Elle bousculerait l’O.M.C. pour imposer le référencement de normes sociales et environnementales dans les échanges internationaux. Elle pèserait de tout son poids sur les relations commerciales avec la Chine pour imposer la réévaluation du Yuan dont l’évidence s’impose. La Fédération proposerait aux Etats-Unis un plan de stabilisation euro-dollar par lequel les deux autorités s’engageraient à maintenir le taux de change dans une zone-cible, comme ce fut le cas lors des accords du Plazza (1984). Elle se doterait d’un président élu par le Conseil pour porter sa voix. Elle instaurerait immédiatement son Parlement fédéral, directement issu des Parlements nationaux et lui confèrerait un large pouvoir d’initiative et de proposition sur les questions précédemment évoquées. Son seul organe de décision resterait le Conseil, sans structure technocratique attachée.

-  Complétant la Fédération, l’Union européenne resterait régie par le Traité de Nice ; elle proposerait à la Turquie et à d’autres pays un partenariat privilégié. Trois groupes de pays avanceraient donc ensemble, mais à des rythmes différents vers des niveaux de convergence supérieurs pour un développement plus rapide, plus cohérent et d’une nature plus durable et plus partagée.

-  Chacun mesure les dangers qui pourraient îaître d’une France incapable de se réformer dans une Europe en panne, rongée par les déficits et le chômage. Caractérisé par une opposition stérile de points de vue souvent caricaturaux, le débat français néglige l’essentiel : les deux tiers de nos compatriotes sont pour l’intégration européenne et estiment que la France doit bouger. Trouver le col conduisant à la vallée du changement passe par un renouvellement du rêve européen.

Juin 2005

-   Maxime MAURY, Docteur ès sciences économiques
Membre du Comité Directeur des Clubs 89


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