Le fameux « service public » à la française censé permettre à tous d’accéder sans discrimination à l’éducation, à la santé, aux transports, et à bien d’autres prestations indispensables, ce service public, financé dans une large mesure par la collectivité au travers de l’impôt et des cotisations sociales, est aujourd’hui en crise, rongé par les corporatismes et la religion des « avantages acquis » d’une part, et de l’autre contesté dans son existence même au nom d’une conception de l’efficacité qui ne pourrait s‘épanouir que dans le cadre de l’entreprise privée.
Pour nos loisirs européens, le terme de « service public à la française » est surtout synonyme de grèves à répétition et d’absence de véritable dialogue social : la concertation étant la plupart du temps remplacée par le chantage et la menace de blocage à la moindre velléité de réforme.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que ceux qui exercent ce chantage pour préserver des avantages absurdes et souvent exorbitants, prétendent le faire au nom de l’intérêt des usagers et pour la « défense du service public », bref confondent leur intérêt corporatiste avec l’intérêt général.
Cette conception a été par le passé largement répandue dans la société (l’attitude bienveillante des français lors des grèves de 1995 est à cet égard, parlante).
Mais les mentalités évoluent et ce discours apparaît de plus en plus aujourd’hui comme la marque d’une véritable escroquerie intellectuelle. Escroquerie dont les victimes sont de moins en moins complices. Si demain, comme en menace Marc Blondel, les fonctionnaires se mettent en grève contre une réforme de leurs régimes de retraites, il est peu probable, en effet, que les salariés du privé se montreront solidaires... eux dont la durée de cotisation a déjà été augmentée.
Si pour un certain nombre de fonctionnaires et d ‘agents du service public, la conscience d’être chargés d’une mission d’intérêt général s’est estompée pour faire place à la défense égoïste d’intérêts catégoriels, du coté des usagers, les choses se sont également dégradées.
C’est ainsi que l’on voit, par exemple, les services d’urgence des hôpitaux publics utilisés pour des soins non urgents à la manière de dispensaires qui auraient l’avantage d’être ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre, et faciles d’accès.... On pourrait multiplier les exemples, et pas seulement dans le domaine de la santé, où les usagers « consomment » du service public sans se soucier de savoir si l’usage qu’ils en font ne contribue pas à des blocages dont, par ailleurs, ils se plaignent.
La vocation de l’entreprise est de créer des richesses, la vocation du service public est d’apporter à tous un certain nombre de prestations qui ne sont pas directement rentables mais dont une société complexe et développée comme la notre ne peut se passer. Entre les deux missions il n’y a pas opposition, mais complémentarité.
Il est incontestable qu’en France un secteur public pléthorique « plombe » par son conservatisme, toute l’activité du pays, il est évidemment nécessaire de réduire le nombre des fonctionnaires.
Mais on ne peut s’en tenir à une vision quantitative des choses : il existe des secteurs (sécurité, justice, santé ...) où le nombre de fonctionnaires est insuffisant.
C’est donc, dans chacun des secteurs concernés, à une meilleure connaissance des besoins en terme de services publics, qu ‘il faut parvenir, et à une meilleure adéquation entre ces besoins et les moyens qui permettront d’y répondre.
Réformer le service public pour l’adapter aux besoins de la société d’aujourd’hui, cela ne pourra se faire qu’en s’appuyant sur l‘évolution des mentalités qui voit peu à peu dans notre pays émerger l’exigence d’une responsabilisation plus rigoureuse des institutions et des individus. Cette exigence, intériorisée par ceux qui sont en charge du fonctionnement de l’Etat, des collectivités locales, de la santé, de l’éducation, des transports, etc...devrait être à la base de la définition d’une véritable « éthique » du service public.
Pour que la France tienne sa place dans une Europe qui elle même, espérons le, tiendra demain une place prépondérante dans le monde, cette évolution des mentalités et des pratiques qui en découlent devra se faire à marche forcée. Le « site France » est d’ores et déjà de moins en moins attractif aux yeux des chefs d’entreprises et des hommes d’affaires du monde entier, recul imputable, en particulier, à notre administration pléthorique et à la mise en place des trente cinq heures.
Ces trente cinq heures, chef d’œuvre d’absurdité né de la rencontre de la rigidité idéologique et de la complexité technocratique, sont finalement une tentative d’introduire dans l’entreprise privée un mode de fonctionnement assez répandu dans l’administration où, la compétitivité n’étant pas une nécessité, on perd de vue la perspective d’une mission à remplir : la quantité de travail et le temps que l’on y consacre peuvent donc y être réduits sans grand dommage.
L’échec de la politique des trente cinq heures, son rejet par les salariés les plus modestes, sont le signe le plus visible d’une évolution des mentalités autour de la redécouverte d ‘évidences, par exemple, que c’est le travail qui crée la richesse d’un pays, que c’est de cette richesse que dépend le bien être matériel des individus que les rémunérations même dans l’administration doivent tenir compte de la réalité du travail accompli, de la compétence... bref, du mérite !
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