Comment sortir de la crise financière mondiale ?
Dans un langage dru et parfois vert, Olivier Pastré nous a éclairés sur les origines de la crise et sur les remèdes.
Olivier Pastré est un professeur atypique ; en même temps qu’il professe dans une université de Seine-Saint-Denis, il préside une banque et accessoirement fait de l’agriculture en Camargue. Auteur de nombreux livres, il vient d’en écrire un, lui qui se décrit comme un archi colbertiste, avec Jean-Marc Sylvestre qu’il définit comme archi libéral. Il prône la réinvention du MRP, M pour Modeste car personne ne sait ce qui va se passer la semaine prochaine, R pour Résolu car il faut mettre en place très vite une politique industrielle et P pour Pédago car il faut expliquer la crise et éviter de dire des âneries telles que « on a donné des milliards aux banques ».
D’où vient-on ? L’équilibre financier a reposé pendant dix ans sur les paysans chinois qui ont financé les retraités californiens ; la Chine a accumulé des réserves de change et a accepté de les utiliser pour acheter des bons du trésor américains. En septembre 2007, s’est déclenchée une crise de la titrisation, qui a montré qu’on ne savait plus où était le risque des crédits originels. A titre d’illustration de la folie qui s’est emparée des marchés financiers, l’orateur rappelle que le marché des « credit default swaps » avait atteint 62000 milliards de dollars alors que le PIB mondial s’élève à 50000 milliards.
Où en est-on ? On est dans la m... Un credit crunch s’est déclenché, car les banques doivent réduire leurs actifs pour respecter leurs ratios, dégradés par les pertes. Des ménages et des entreprises se retrouvent exclus des crédits bancaires. Des boucs émissaires sont désignés, agences de notation, banques centrales, banques, alors que nous sommes tous responsables, ne serait-ce qu’en achetant des sicav dynamiques. C’est une crise très grave qui appelle une réaction énergique, mais elle n’a rien à voir avec 1929, d’autant que nous avons des banquiers centraux compétents avec Ben Bernanke qui est un spécialiste de la crise de 1929 et J.C.Trichet qui a montré sa capacité d’adaptation..
Que faire ? Il y a des réformes à faire à tous les niveaux. Il est surtout indispensable de tenir compte des pays émergents, notamment les BRIC qu’il faut inclure dans le G 20 .Ils ont des sous et ils sont prêts à produire. Il faut un plan budgétaire à l’échelle mondiale. Le FMI est à réformer. Les paradis fiscaux doivent disparaître, ce qui ne devrait pas être difficile ; il suffirait d’ordonner aux 200 plus grandes banques mondiales de fermer leurs agences et filiales. Il faut revoir les politiques de rémunération, la culture des risques, les normes IFRS qui exigent une valorisation au prix de marché (que fait-on quand il n’y a plus de marché ?).
En répondant aux nombreuses questions de l’auditoire, le conférencier a eu l’occasion de préciser un certain nombre de points : il y a clairement un risque d’excès de régulation, l’objectif doit être de mieux réguler. Il faut accepter le principe de nationalisation des banques dont les pertes sont élevées. Le protectionnisme est évidemment un danger car on ne sait pas où ça s’arrête. La politique de relance française orientée vers l’offre est une bonne chose mais son volume est insuffisant ; il y aura un deuxième, voire un troisième plan. Certes, il en résultera une augmentation de l’endettement, mais c’est un moindre mal. Heureusement qu’il y a l’euro ; sans lui on serait tous morts.
Sa conclusion : il n’y a pas de remède miracle ; il faut reprendre tous les dossiers un par un.
Gérard Decourcelle
Membre du Comité Directeur
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