L’antienne de la chanson du moment, en réalité bien moins nouvelle qu’il n’y paraît, est celle du salut de la République, menacée selon certains par un Nicolas Sarkozy présenté, sans rien négliger du plus fantaisiste comme du plus sordide, et avec force calomnies et procès d’intention, comme l’abomination. Le statut de favori n’explique sans doute pas tout. Si les procédés et les propos apparaissent détestables et hautement condamnables, on peut comprendre l’appréhension de certains, aveuglés par l’idéologie ou l’intérêt sur le destin de la France, face à la perspective de changements plus profonds, nécessaires et attendus depuis si longtemps, inscrits de manière raisonnée et pragmatique dans un programme cohérent et portés par une volonté à la fois résolue et ouverte.
Pourtant, l’accord peut être trouvé sur un point : il s’agit bien maintenant de sauver la République. Il convient d’abord de dénoncer les manières politiques en cours depuis plusieurs mois, qui atteignent des degrés inégalés dans un pays pourtant prompt aux emballements « anti-droite », voient franchies des limites à la décence et à la réserve déontologique, et ne peuvent, à moyen terme, qu’atteindre l’esprit de la démocratie.
Il importe également de pointer la tentative grave de détournement du suffrage des quelque vingt et un millions d’électeurs ayant choisi les deux candidats en tête du premier tour, et de la démocratie, qui ne peut subsister valablement et efficacement que par le droit. L’acharnement, au nom d’une volonté encore bien hypothétique de transformation de la vie politique française, à vouloir continuer d’imposer sa présence publique en violation des règles établies et des usages élémentaires de la courtoisie à l’égard des médias, n’est rien moins qu’une tentative de passage en force accompagnée de procédés plus que douteux. La règle et sa logique peuvent ne plus convenir ou plaire ; dans une démocratie, et singulièrement pour ce qui est de la règle même du jeu démocratique, son changement suppose encore (du moins peut-on le souhaiter) un consensus ou, du moins, une majorité, même si cette dernière ne peut tout résumer. Au-delà de la structuration au premier tour des forces politiques selon un schéma plus moderne, et du niveau constaté des forces en présence, l’un des faits marquants du 22 avril 2007 est, à ce jour et faute de confirmation et de clarification, non l’émergence d’un centre « autonome », mais la substitution de François Bayrou à Jean-Marie Le Pen dans un système politique encore instable.
Il faut, ensuite, dénoncer comme inacceptable le chantage au désordre et à la violence plus ou moins clairement formulé par ceux, trop nombreux, qui en usent comme clôture et paravent ou en font leur raison de vivre, en faisant peser sur le suffrage une menace qui renvoie aux pires précédents et qui s’ajoute à une mauvaise foi sans bornes (qui utilise finalement la peur sur le terrain électoral ?).
Il faut, enfin, insister sur l’enjeu de cette élection capitale et, malgré quelques soubresauts dus à de vieux ferments dans une pâte nouvelle, plus franche que les précédentes. Par la restauration du politique, par la volonté et la possibilité qui se dessine de mener de manière dynamique et cohérente les réformes nécessaires au maintien et au développement de notre pays et de notre société, par la capacité à affronter les grands et cruels défis d’aujourd’hui et de demain, tels que les propose et les incarne Nicolas Sarkozy, c’est notre faculté de demeurer libres et unis dans une communauté politique vivante qui se joue. Le procès en autoritarisme là où il est question d’action conforme à la volonté du suffrage, l’accusation d’agitation alors qu’il s’agit de dépasser le fixisme et l’« instantanéisme » qui rongent le corps français et favorisent les replis, les rancœurs et les petits intérêts, le reproche d’installer la division et la tension quand la volonté de les affronter et de les régler ne fait que les révéler en déchirant un voile d’insouciance, d’égoïsme et de lâcheté, tout ce qui est faussement opposé à Nicolas Sarkozy en dit long sur l’état de la France, l’ampleur de la tâche et, a contrario, sur les attentes d’un peuple désabusé et amer, mais non abattu et aux yeux toujours ouverts. La France réclame finalement, depuis plusieurs années, ce qui est son dû, et qu’un seul candidat, au terme de cette campagne, semble en mesure de lui apporter : un peu de grandeur individuelle et collective, de l’élan, la vérité et l’espoir.
Joseph Pini
Club 89 Vaucluse.
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