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Compte rendu du jeudi du Club du 8 mars 2007 avec Jean Robert PITTE, Président de l’Université PARIS IV Sorbonne ; sur le thème : "Il faut réformer l’enseignement supérieur français"

« Il faut réformer l’enseignement supérieur français »

« Aujourd’hui, force est de constater que notre système d’enseignement supérieur ne donne pas aux jeunes toutes les chances de s’insérer dans la vie. Il faut le réformer de fond en comble... ».

C’est en ces termes que Jean-Robert PITTE, Président de l’Université Paris IV Sorbonne, a débuté le Jeudi du Club du 8 mars dernier auquel l’avait convié Jacques TOUBON. Reprenant les grandes lignes de son ouvrage « Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’Université. » paru en 2006, il indique que la crise du CPE a révélé la prise de conscience par les jeunes de l’impasse où on les conduit.

Quelles sont les faiblesses de notre enseignement supérieur ?

1. De mauvaises orientations

Trop de jeunes s’engagent dans l’enseignement supérieur sans y avoir été préparés en amont (mauvaise orientation, grosses lacunes en expression écrite, le diplôme du baccalauréat a de moins en moins de signification, les conseils de classe sont aujourd’hui plus sévères que les jurys de bac...). Les meilleurs éléments vont vers les STS ou les IUT, vers les classes préparatoires aux grandes écoles. Comme la société n’a pas fait l’effort d’aider les autres à s’orienter en temps utile, comme les droits d’inscription sont modiques, les élèves déferlent en masse vers des universités aux budgets misérables qui les sélectionnent par l’échec après leur avoir fait perdre leur temps. Sauf à sortir de médecine, de pharmacie ou à réussir un concours d’enseignement ou administratif (un poste pour plusieurs milliers de candidats...), les études supérieures en France- et surtout les études littéraires- ne procurent pas d’emploi, ou alors des emplois au rabais, quand ils ne sont pas précaires. Le Président de la Sorbonne indique que le système est « une escroquerie », qu’il serait très grave de ne rien changer. Pour les étudiants, c’est un dangereux mensonge que de croire que le statu quo les protège. Il faut changer le système de fond en comble comme l’ont déjà fait avec succès plusieurs pays de l’Union Européenne.

2. De trop faibles moyens

La Nation consacre en moyenne 13 000 euros par an à un élève en classe préparatoire, 30 000 pour un élève de Polytechnique, 8 500 à un lycéen et seulement 6 000 à un étudiant de faculté...Ce chiffre dérisoire nous place en queue de peloton des pays de l’OCDE. De là découle le manque de moyens : mauvais encadrement, mètres carrés insuffisants, pas assez de bibliothèques, d’infrastructures sportives, de salles de professeurs.

3. Des liens insuffisants entre enseignement supérieur, recherche et entreprise

Aujourd’hui, les contacts entre les classes préparatoires, les universités et la recherche sont faibles. L’enseignement doit nourrir la recherche et vice versa. Les liens avec l’entreprise quant à eux ne sont pas des « péchés ».

Comment réformer et faire évoluer notre enseignement supérieur ?

Jean-Robert PITTE propose quatre axes de réforme qui doivent être menés simultanément.

1. Recréer un lien fort entre classes préparatoires, universités et organismes de recherche.

Il est scandaleux que les meilleurs élèves de secondaire aillent en prépa puis dans les grandes écoles alors que ces dernières ne produisent aucune recherche. C’est une particularité française très dommageable pour le pays.

2. Organiser une orientation/sélection

Dès le collège, les élèves devraient préparer leur projet professionnel en connaissance de cause. Il faut donner la main aux universités. L’Université doit pouvoir choisir ses étudiants comme les classes préparatoires. Un dialogue doit être mis en place entre les universités et les étudiants au moment des inscriptions pour permettre à chacun de s’engager dans une voie qui garantisse succès et emploi. Jean-Robert PITTE est favorable à des numerus clausus dans certaines disciplines notamment celles des humanités. Il faut orienter les étudiants. Ils ne doivent pas s’inscrire dans les filières de leur choix, notamment psychologie, sociologie, staps (sports) et lettre qui sont bouchées pour la plupart. Les formations courtes de types BTS ou IUT doivent par ailleurs faire l’objet d’un développement massif car elles offrent des débouchés et des perspectives de carrière.

3. Accroître les moyens des Universités

L’Etat devrait certes augmenter son budget consacré à l’enseignement supérieur...mais il ne peut pas faire de miracle compte tenu de son endettement et du taux actuel de nos prélèvements obligatoires. Les entreprises, les mécènes pourraient financer une partie des besoins de l’enseignement supérieur si des aménagements fiscaux sont envisagés. Enfin, il faudrait augmenter les droits d’inscription. Il est bien connu qu’un service gratuit est déconsidéré et finit par se dégrader. La mentalité des Présidents d’Université même ceux de gauche est en train de changer. L’idéal serait de fixer ces droits autour de 5 000 euros pour tout le monde en faisant des bourses un réel soutien pour les jeunes des classes moyennes et populaires en augmentant en particulier leur montant en fonction du mérite de l’étudiant.

4. Réformer la gouvernance universitaire

Il faut redonner des pouvoirs aux Présidents d’Université en créant un statut d’autonomie réelle pour les universités volontaires. Les conseils d’Administration devraient être plus restreints.

Jean-Robert PITTE conclut en espérant que la situation de l’enseignement supérieur sera prise en compte pendant la campagne présidentielle. C’est selon lui vital pour notre pays quand aujourd’hui le chômage des jeunes est de 25%.

Pour Jacques TOUBON, seul Nicolas SARKOZY, cherchant à appliquer le principe de réalité, pourrait engager notre pays dans une réforme profonde. Cette réforme est urgente, elle risque d’être impopulaire mais la France en récoltera les fruits à terme...

Marina ATTALI Secrétaire National


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