Cette attitude française est d’autant plus paradoxale, a-t-il expliqué, que les racines culturelles de la France sont profondément libérales. La révolution française, « cri primal » de notre vie politique, fut libérale, de même que le premier et le second empire. La troisième République elle-même fut fondamentalement libérale. Au XIXème siècle, cependant, est apparue la contestation du libéralisme par les socialistes utopistes d’abord (Fourier, Saint Simon), puis par Marx. Il s’est ainsi instauré, au sein de la gauche une concurrence entre le libéralisme issu des Lumières et le socialisme « scientifique ».
En France, le libéralisme, qui au départ était plutôt identifié à la gauche a été, par un curieux « tour de passe passe », rejeté à l’extrême droite et donc discrédité, alors qu’ailleurs en Europe et notamment en Angleterre et en Allemagne, les partis de gauche ont renoué avec la tradition libérale.
L’Europe est libérale et la France a déjà accepté sous son impulsion bien des réformes libérales. C’est donc en contournant par l’Europe le tabou français de l’antilibéralisme que les progrès seront possibles. Le « détour européen » semble une étape indispensable.
Au cours du débat qui a suivi ont été évoquées les différentes tentatives, notamment celle de Mitterrand en 1983, pour faire admettre aux Français des évolutions à caractère libéral, les rapports entre anti-libéralisme et anti-mondialisation, et surtout la relation entre le libéralisme et l’argent.
Ainsi que l’a expliqué Jacques Toubon, la mondialisation repose sur un échange monétaire et l’idée est répandue en France que « s’il y a argent, il n’y a pas de progrès ». Une des raisons du rejet du libéralisme en France, pays de tradition catholique, est qu’il est assimilé à l’argent, alors que dans les pays de tradition protestante l’argent n’est pas perçu de façon péjorative.
La conclusion de Christian Stoffaës est cependant assez optimiste. Les nouvelles générations, dit-il, sont libérales sans le savoir. C’est la fin de deux générations : celle qui a été conditionnée par trente ans de domination communiste sur le monde intellectuel et la génération de 68.
Une véritable « révolution culturelle » est donc aujourd’hui possible.
Ghislaine KALMAN
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